Triple C

J’ai lu un article de Joël de Rosnay…

Avertissement

  • cet article est une pensée écrite tout haut. Oui c’est un concept.
  • Il ne démarre réellement que dans 4 paragraphes. Ceusses qui souhaiteraient aller à l’essentiel peuvent au choix :
    • poursuivre leur chemin, et aller voir si les vagues sont toujours belles ici 
    • prendre patience, accepter de se laisser disrupter par l’auteur de ces lignes. J’aime bien ce verbe, il est plutôt commode à vrai dire.

J’ai lu le dernier article de Joël de Rosnay publié le dimanche 26 avril sur le site du Nouvel Obs.
Je l’ai d’abord parcouru, le média disant que l’article pouvait se lire en 7 minutes.

Attention ceci est un paragraphe pensé tout haut 
J’avoue ma perplexité quand à cette durée de lecture préconisée. Qui a décidé que cet article pouvait se lire réellement en 7 minutes ? Ce genre d’annotation est un peu dangereuse je trouve et apporte un élément de cruauté au lecteur quelque peu désabusé quand il arrive à la fin de sa lecture attentive (car oui, il faut être attentif, c’est la clé), au bout de 15 minutes. Cet aparté me semble essentiel car elle dénote un fossé entre une certaine élite habituée à naviguer entre les concepts et le reste, cette fange intellectuelle dont je fais partie. Essentiel aussi car cela renforce en moi la conviction de la nécessaire accessibilité dans une époque où l’hydre obscure et sournoise réapparaît avec ses messages provoquant des clivages, des révoltes aigries et des ressentis exprimés seulement dans les sondages et les urnes. Oui toute pensée, même complexe, surtout complexe doit pouvoir être accessible. Accessible et non pas simplifiée outrageusement. Accessible par la pédagogie, la variété des regards, le temps pris pour l’explication.

Le sujet de l’article arrive bientôt… un peu de patience encore !
Bref, le paragraphe précédent, je l’avoue dissimule mal vous l’aurez tous compris la lenteur de ma lecture. J’ai lu puis relu attentivement cet article de Joël de Rosnay. Les lecteurs habitués de ce blog savent que le scientifique est pour notre agence un mentor, un parrain. Il se tient au courant de nos projets et nous suit régulièrement dans les lancements d’idées parfois un peu folles que nous pouvons avoir, (les rendez-vous du futur, le First, la Fibre Verte mais aussi les coproductions des émissions du Forum Changer d’Ere etc…).

Voilà c’est parti, j’ai donc lu un article de Joël de Rosnay !
Joël de Rosnay parle des grandes craintes évoquées régulièrement par des sommités comme Bill Gates, Elon Musk ou encore Stephen Hawking. De quoi ont-ils peur ? Que l’intelligence artificielle soit une vraie menace pour l’humanité. Leur peur part de la loi de Moore et comparent la vitesse exponentielle de l’évolution des ordinateurs et de l’intelligence artificielle avec la capacité de notre cerveau.  S’il semble que Moore lui même essaie d’expliquer qu’il ne comprend pas bien en quoi sa fameuse théorie s’applique ici, Joël de Rosnay tente d’expliquer le pourquoi de ces peurs. Ce pourquoi se résumant en 3 points : peur du mythe de Frankenstein, peur de la perte de l’emploi et donc peur de la fin du travail.

Ces peurs sont-elle légitimes ?

    • Réponse très simple : en 2015, non pas de raison d’avoir peur !
    • Réponse un peu plus soutenable : il y a plusieurs façons de voir notre civilisation, l’intelligence artificielle et le progrès.

Pour Joël de Rosnay, le transhumanisme est en soi une menace pour l’humanité car il est :

    • élitiste, (pour se transformer il faut être riche).
    • égoïste, (tout ce qui vient de la nature doit retourner à la nature)
    • narcissique, (quête d’immortalité qui entraîne conflit de génération, volonté de suprématie d’une caste sur une autre et finalement eugénisme !)

Mais la recherche qui mène au transhumanisme peut aller vers le pire (vu plus haut donc) et vers le meilleur. Car enfin, ces chercheurs en humanité augmentée peuvent aussi nous aider à vivre mieux, à vieillir plus jeune pour plagier une expression entendue du côté de Bidart autour d’un jus de Grenade.

L’intelligence artificielle pour Joël de Rosnay peut être vue comme une opportunité formidable d’aboutir à une symbiose qui aidera l’humain à comprendre, explorer puis développer de nouvelles parties de son cerveau. N’oublions pas après tout que l’homme est formé de 6000 milliards de cellules !

Si je devais tenter d’exprimer mon avis. Si certains étaient tentés de me le demander. Je leur répondrai que j’apprécie énormément la pensée positive chère au parrain de nos Rendez-vous du futur. Mais pour parvenir à cette symbiose formidable, il va falloir changer quelques petites choses dans l’esprit de l’être humain. Il va falloir se persuader par exemple que l’homme peut être aussi capable de dépenser de l’énergie pour faire le bien. Je rejoins en tous points cette conviction consistant à penser qu’il ne sert à rien d’avoir peur, que cela tétanise et empêche de penser correctement avec ses neurones. En écrivant cela, je ne sais pas totalement si je mesure la difficulté que cela représente de ne pas avoir peur. Qui n’a pas peur en ce bas monde après tout ? 

Il faut donc tout faire pour garder en soi ces poussières d’optimisme. Il faut également rester lucide. L’intelligence artificielle peut je crois être une menace très grande sur le genre humain, sur nos valeurs, sur notre planète. Elle le sera s’il continue de ne pas exister d’outils de contrôle et de régulation. L’enjeu dans les années à venir sera d’imaginer des modes de gouvernance du monde de demain. Des modes de gouvernance capables d’accompagner le changement, de prendre la mesure des empires transnationaux, d’apporter de vrais possibilités pour les citoyens de comprendre, d’arbitrer en conscience et de dire stop à des tentatives d’eugénisme de masse à long terme. Ces deux derniers mots étant finalement sans doute les plus importants : long terme ! Ayons une vision claire qui puisse être partagée et débattue entre les citoyens, entre les états.

Pour cela, il faut absolument continuer de donner les éléments d’une réflexion consciente de la part des populations. Nous devons tous pouvoir faire de vrais choix, en âme et conscience. Et il faut nourrir cette conscience avec des explications, des discussions, l’acceptation d’un temps lent de réflexion. Le combat est déjà lancé entre les partisans d’un affaiblissement général du niveau intellectuel des humains et d’une pensée lente et court terme d’un côté  ; et les soldats à la solde d’entreprises transnationales ou nétarchiques pour reprendre le mot de Michel Bauwens, qui elles voient loin et ont bien conscience du monde dans lequel elles évoluent de l’autre côté.

 

 

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